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Sécurité trompeuse
La fronde lancée contre le secret bancaire du client peut avoir un effet boomerang

"Qu'est-ce qui est encore sûr aujourd'hui?", titrait en couverture le magazine "Money" après les attentats de New York. Voilà que l'invulnérabilité des Etats-Unis dans son rôle de superpuissance était ramenée à un point d'interrogation, que le marché financier international avait tremblé momentanément sur ses bases et l'homme servi de missile vivant.

La guerre froide avait apporté des dangers en quelque sorte calculables. De par sa nature, elle permettait des contre-mesures qui garantissaient un équilibre de la terreur. La particularité du terrorisme est d'être absolument imprévisible, du point de vue aussi bien de l'endroit, du temps ou de l'arme. Dans son édition du 15 septembre, "The Economist" déjà parle de menaces asymétriques ("asymmetric threats"), qui rendent en grande partie impossibles les contre-mesures efficaces. Les dernières sécurités semblent être tombées.

Devant ces scénarios d'horreur, il est naturel que la recherche de méthodes de protection aille bon train. Il faut, exige-t-on, renforcer la surveillance à tous les niveaux. La Grande-Bretagne veut rendre obligatoire le port d'une carte d'identité, indiquant qu'une telle obligation existe déjà en Suisse (ce qui, il est vrai, ne correspond pas à la réalité). Aux Etats-Unis, on envisage d'installer un système de vidéo-surveillance de tous les transports publics. Les exemples du même genre ne manquent pas. Même les ministres de la justice de l'Union européenne ont consacré leur réunion à ce thème le 4 octobre à Moscou. En Suisse, il est à noter que la conseillère fédérale Ruth Metzler n'a pas hésité, sur la chaîne alémanique DRS, à faire part de ses réserves face aux mesures de protection envisagées, soulignant notamment que celles-ci doivent être conçues dans le respect de la liberté et de la démocratie et ne pas déboucher sur un Etat policier totalitaire. N'oublions pas que les auteurs des attentats de New York ont vécu de manière parfaitement légale en apparence dans leur pays de résidence et qu'ils ont embarqué sur leur dernier vol en étant munis de documents valables.

A côté de ces dispositifs de protection en surface, les politiciens s'intéressent aussi particulièrement à des thèmes plus sensibles "financial disclosure et racial profiling" ("The Economist", 29 septembre "Liberty vs Security"). L'idée consiste à surveiller plus étroitement les circuits financiers et les appartenances ethniques, le tout dans le même souffle!

Il est regrettable qu'aux Etats-Unis, malgré tous les efforts de la Suisse et malgré d'innombrables preuves du contraire apportées par les banques suisses, les comptes numérotés et le secret bancaire soient toujours synonymes d'opérations douteuses. Les politiciens, le législateur et les premiers responsables ne ménagent pas leurs efforts pour rappeler les dispositions légales extraordinairement sévères auxquelles les banques suisses se soumettent volontairement. L'entraide judiciaire que la Suisse offre spontanément lors de chaque affaire suspecte est unique au monde. En Suisse, seuls les investisseurs sérieux ont droit au respect de leur vie privée. Le secret bancaire ne protège pas les opérations criminelles. A ce titre, les déclarations d'un ancien directeur de la CIA, James Woolsey, ont une valeur particulièrement importante pour la place financière suisse. Interrogé par ABC ("Night Line", 16 septembre), James Woolsey a loué les efforts de la Suisse dans la lutte contre le blanchiment international des capitaux et invité d'autres pays à suivre l'exemple de la Suisse et à instituer des solutions semblables.

La liquidation du secret bancaire du client pourrait se retourner comme un boomerang, et mettre justement en danger des personnalités et des institutions exposées. La sécurité des données enregistrées par voie électronique est relative, pas seulement à cause de quelques pirates informatiques amateurs. En outre, les intenses recherches menées ces dernières semaines ont pu remonter les filières de cet argent en premier lieu dans des banques arabes, dans des entreprises familiales et, plus grave compte tenu de la situation internationale, dans des institutions caritatives.

Les exigences de sécurité vont encore plus loin. On réclame ainsi un peu partout d'interdire le cryptage des messages des sociétés sur Internet. Ce qui reviendrait à exposer ces entreprises non seulement à l'espionnage industriel, mais aussi à des attentats ciblés.

Les libertés sont certes relatives. Ce qui est liberté pour l'un peut être menace pour l'autre. Mais les partisans acharnés des mesures de protection extensives doivent aussi se rendre compte que ces mesures peuvent faire courir des risques à prendre très au sérieux. De plus, elles remettent aussi en question les droits démocratiques fondamentaux défendus avec vigueur par l'Occident, ce qui est sans nul doute l'objectif des terroristes. De leur côté, les défenseurs des libertés absolues doivent prendre connaissance du fait que des éléments adverses peuvent abuser de ces mêmes libertés.

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